Entrevue avec Marie-Christine Chartier | « Oser sortir des sentiers battus dans les librairies. »

Après avoir vécu six ans aux États-Unis, Marie-Christine Chartier est revenue s’installer au Québec. Elle a depuis publié trois romans ; L’Allégorie des truites arc-en-ciel en 2018, suivi de Tout comme des tortues en 2019, et Le Sommeil des loutres en 2020.

En ce mois de mars consacré aux littératures féministes sur Lison, elle a accepté de répondre aux questions que nous avions sur le sujet.

Marie-Christine, peux-tu te présenter brièvement pour celles et ceux de nos lecteur.trice.s qui ne te connaitraient pas ?

Je m’appelle Marie-Christine Chartier et j’en suis à mon troisième livre publié. J’écris des romans que je définis comme des fictions contemporaines, des romans sur les relations humaines avec des émotions et de la psychologie. Je suis reconnue pour mes titres d’animaux d’eau mais surtout pour mon écriture à plusieurs voix, que j’utilise parce que j’aime beaucoup avoir les perspectives de tous mes personnages.

J’ai commencé à écrire parallèlement à ma maîtrise, puis là je suis en train de faire ma thèse*, mais comme j’écris beaucoup, les deux se chevauchent et l’époque des choix s’en vient. C’est beaucoup de travail de concilier les deux mais pour l’instant j’ai tous les chapeaux!

*Il s’agit d’une thèse en psychopédagogie sur les femmes en situation de leadership dans le domaine sportif.

Qu’est-ce que c’est, pour toi, être une auteure, et est-ce que tu penses que c’est différent d’être un auteur ?

Je suis plus habituée à parler de la situation des femmes dans le sport, mais il y a quand même une réalité qui transcende tous les domaines, et je suis contente que vous m’ayez abordée à ce sujet, parce que généralement on ne me contacte pas pour aborder ces sujets-là.

Vu le type de littérature dans lequel on me catégorise, je vis moins la différence faite entre auteur et auteure : je suis majoritairement lue par des femmes, il y a beaucoup de femmes au sein de ma maison d’édition, mon éditrice est une femme… Je suis entourée de femmes qui écrivent, qui lisent, qui éditent, on s’aide et je pense que ça reflète une réalité du milieu québécois.

La limitation à laquelle je suis confrontée, et qui est dommage, concerne plutôt mes lecteurs. Je sais qu’il y a beaucoup d’hommes qui lisent mes livres mais comme il y a une connotation sur ces livres là, ils vont moins s’afficher. Comme si les gars n’avaient pas eux aussi de réflexions sur les relations humaines…

En résumé je ne me sens pas limitée en tant qu’auteure, mais il y a un public que je rejoins moins alors que des émotions, tout le monde en a.

Quelles sont les autrices, les œuvres écrites par des femmes, qui t’ont inspirée?

Je ne me suis jamais identifiée à une femme parce qu’elle écrivait, mais en réfléchissant, j’ai réalisé que beaucoup de livres que j’ai lus à l’adolescence avaient été écrits par des femmes, comme J.K. Rowling ou Margaret Atwood. Je ne peux pas dire exactement quel impact ça a eu sur moi, mais c’est sûr que lire beaucoup de livres écrits par des femmes te fait te dire que toi aussi tu peux le faire.

Quand je suis revenue des États-Unis, je pensais me faire publier là-bas, puis j’ai commencé à “réapprendre” le français, je me suis rendue compte de la quantité de bons livres québécois, écrits et publiés ici. C’est un milieu d’une richesse, d’une diversité incroyable et c’est un honneur pour moi d’en faire partie.

Le féminisme participe à ce mouvement et on a la chance de trouver des ouvrages très diversifiés, avec des essais plus classiques, d’autres presques poétiques, des romans, de la poésie, etc. Il y a énormément d’auteures, le terme “féministe” est très présent, de nombreuses façons, et devient un standard de base.

“Lire beaucoup de livres écrits par des femmes te fait te dire que toi aussi tu peux le faire.”

Marie-Christine Chartier

Quel conseil donnerais-tu à une femme qui veut se lancer dans l’écriture aujourd’hui ?

Écrire c’est fun, mais se relire, s’éditer, se corriger, faire une belle lettre pour une maison d’édition, attendre, ça l’est un peu moins, alors le conseil que je donnerais à tout le monde c’est d’aller plus loin que le stade de l’idée qui est toujours amusant et de faire le pas suivant. 

Beaucoup de gens rêvent d’écrire et ne le font pas parce c’est facile de rester dans le rêve. Ils pensent que si ça ne fonctionne pas tout de suite, le rêve meurt, alors que c’est faux. Il faut oser se lancer.

Aux filles, plus spécifiquement, je dirais de ne pas vouloir adapter leur écriture pour ne pas parler “d’affaires de filles”, parce que les “affaires de filles”, ça n’existent pas, ce sont des affaires d’humains. Qu’elles se sentent libres de raconter les histoires qu’elles ont envie de raconter, pas celles qu’on pense que les gens ont envie d’entendre ou vont prendre au sérieux.

Pour ma part, je ne me suis jamais arrêtée pour me demander à qui j’allais m’adresser ; je raconte des histoires qui viennent du cœur et ça ira aux gens qui veulent les lire.

Aurais-tu des conseils de lecture, pour nos abonné.e.s ?

J’ai en tête plusieurs livres dont on entend moins souvent parler et qui sont pourtant tout aussi valables. 

Tout d’abord, un roman qui a été un coup de cœur pour moi c’est Leslie et Coco de Marie Demers. C’est une lecture actuelle, qui alterne entre légèreté et dureté sans jamais se tromper dans le dosage et j’ai vraiment beaucoup aimé ça.

Un autre ouvrage au sujet duquel je n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’a pas fait fureur, c’est Dans le ventre. Il s’agit d’un collectif d’auteur.e.s qui racontent chacun.e une histoire d’accouchement ou de maternité. C’est tellement… Ça m’a scié en deux. On ne m’avait jamais parlé de l’expérience de porter un enfant avec des mots littéraires et je pense que ça aide à comprendre ce qu’est être parent, même si on ne l’est pas.

Pour finir je voulais parler de Deux et demie de Carolanne Foucher parce que j’ai passé ma vie à penser que pour lire de la poésie il fallait tout comprendre, mais maintenant je commence à me laisser porter par les mots. C’est un livre qui se lit facilement et qui, tout d’un coup, vous rentre dedans. Ça m’a réconcilié avec la poésie et m’a donné le goût d’en lire plus.

As-tu quelque chose à ajouter ou un autre sujet que tu désires aborder ?

Je n’avais pas pensé à une conclusion, mais après avoir parlé ouvertement de tous ces sujets, si je devais dire quelque chose aux gens ce serait d’oser sortir des sentiers battus dans leurs librairies. 

Il y a énormément de belles découvertes littéraires québécoises à faire, des maisons d’édition qui sont jeunes et funky, des auteur.e.s inattendu.e.s…

Il y a vraiment de quoi pour tout le monde. Il faut simplement oser sortir des dix titres que l’on voit tout le temps et partout. 

(Enfin, après avoir acheté mes trois livres! Après ça, oser d’autres choses!)

Avant de se quitter, peux-tu dire à nos lecteur.trice.s ou peut-on te retrouver ?

Je suis principalement active sur Instagram et sur Facebook, c’est là qu’on peut facilement me retrouver!

Je suis vraiment heureuse de pouvoir interagir avec mes lecteurs et lectrices, même si parfois, certaines personnes s’ouvrent complètement à toi et ça peut être vraiment chamboulant. 

Les gens peuvent nous rejoindre, on peut discuter, avoir un vrai échange, et pour moi, c’est un privilège.


Un immense merci à Marie-Christine Chartier d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Si les thématiques abordées dans cette entrevue vous intéressent, n’hésitez pas à découvrir notre coffret « Féminisme 101 », qui contient plusieurs options pour s’initier à ce courant de pensée de manière ludique et pédagogique.

Et pour oser sortir des sentiers battus dans vos choix de lectures, faites confiance à Lison!